Nati ou la Magie du Love Hangover

C’était fini. Et dire qu'il y a quelques jours encore je me croyais amoureuse. Je n’ai rien vu venir, je planais, je volais et PAF. C’était fini.
Rassures-moi cher inconnu, tu l’as vécu aussi la violente descente de la drogue la plus puissante de la terre ?

Le hangover de la terreur, celui qui réduit tout ton univers à néant, je l’ai vécu trois fois. Y’a les autres un peu, parfois, ceux qui rendent tes matinées amères, mais où tu te sens déjà pas trop mal l’après-midi. Ils ne comptent pas ceux-là. Je te parle de celui qui t’accélère de la lumière aux ténèbres, du bonheur le plus insolent à la dépression la plus stupéfiante.
Celui où t’as tellement enjoyé le high de cette putain de drogue que ça ne pouvait que mal se finir. T’avais cette petite voix qui te disait « fait gaffe mon p’tit, fait gaffe, tu voles trop haut, t’as pas le permis pour tant de bonheur, tu vas t’écraser. » Oui je sais, toi aussi tu l’as ignorée.

La première fois j’étais en Bolivie. Il était grand, blond, beau, aventureux et ambitieux. Je l’avais connu en Argentine, après une journée dans un ranch à faire flipper les chevaux. On s’est croisé dans un couloir de l’auberge, il m’a fait un clin d’œil, et j’étais charmée. On avait une chemistry d’enfer. J’avais jamais connu ça. Et puis il y avait du vin, de la guitare, et ce sentiment déconcertant de liberté.

« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi Nat, suis-moi en Bolivie. »

Nat, Nat ça va mal se finir.


La deuxième fois c’était à Genève, un geek du Cern, comme je les aime. Bien trop intelligent. Il aimait la bière, la science-fiction, et sa patrie. Deux ans qu’il était en Suisse et ne parlait pas trois mots de français. Of course j’avais trouvé ça sexy (damn you Hollywood !). Il pouvait m’embarquer dans un univers complètement unique. Ca c’était le piège. Avec lui le temps savait toujours s’arrêter. Et puis c’était l’hiver, il neigeait. Le détail de trop pour une romantique comme moi. C’était parfait. Mais il repartait.  

« Pourquoi tu viendrais pas aux States en Automne, comme ça, dire bonjour ? »

Nat, Nat ça va mal se finir.


La dernière fois c’est tout récent. C’était juste, là, à l’instant. C’est une belle histoire. Ca restera toujours une belle histoire. Promis, je vous raconte bientôt. Je lui dois bien ça. Je « nous » dois bien ça. Mais là c’est encore trop tôt. On s’est connu en octobre passé. Au début je n’étais pas intéressée,  mais un truc s’est déclenché que j’ai pas pu maitriser. Quand il est parti de Londres, j’étais presque soulagée. Et puis…

«  Nat, I really like you. Je vais à Amsterdam demain. Tu viens ? »

Nat, Nat tu connais déjà la fin.

Aube @ Hyde Park

Aube @ Hyde Park


Elle fait toujours aussi mal la fin. Fais pas genre, tu sais bien qu’on savait dans quoi on s’embarquait. On a surfé sur l’euphorie, on a nagé dans l’ivresse. Ca puait l’excès, mais qu’est-ce qu’on s’en foutait ! On l’avait dit pourtant la première fois, puis la deuxième, plus jamais ça, plus jamais. On n’en voulait plus du hangover terrifiant. Mais on l’avait pas prévu celui-là, on se méfiait pas. C’était une petite dose, au début, juste un verre. Puis un autre. Et d’un coup c’était trop tard : on avait prit soin de le laisser loin derrière, le souvenir douloureux du dernier hangover.

Have you ever been in love? Horrible isn't it? It makes you so vulnerable. It opens your chest and it opens up your heart and it means that someone can get inside you and mess you up. You build up all these defenses, you build up a whole suit of armor, so that nothing can hurt you, then one stupid person, no different from any other stupid person, wanders into your stupid life...You give them a piece of you. They didn't ask for it. They did something dumb one day, like kiss you or smile at you, and then your life isn't your own anymore. Love takes hostages. It gets inside you. It eats you out and leaves you crying in the darkness, so simple a phrase like 'maybe we should be just friends' turns into a glass splinter working its way into your heart. It hurts. Not just in the imagination. Not just in the mind. It's a soul-hurt, a real gets-inside-you-and-rips-you-apart pain. I hate love.
Neil Gaiman, The Sandman, Vol. 9: The Kindly Ones


***

Je veux te révéler un truc aujourd’hui.  C’est le pouvoir de ce putain de love hangover. Tu ne le sais peut-être pas, mais au-delà de la douleur, c’est un vrai super-power ce hangover. Et si t’arrives à t’en emparer, t’as accès à un monde que tu soupçonnais même pas. C’est le level pour les expérimentés, pour ceux qui ont vraiment tout donné.
Attends, je sais ça sonne trop beau pour être vrai. Pourtant crois-moi, on y a tous accès.
Y’a un pouvoir complètement dément qui vient avec le love hangover.
Et plus t’as souffert, plus le pouvoir est puissant. Mais pour ça il faut vraiment l'avoir ressentie la magie du love hangover. Parce que si tu prétends seulement, si tu ne te lances qu’à moitié, tu vas tout gâcher. C’est une épée à double tranchant. Vois un peu ça comme un investissement : le plus t’investi, le plus tu peux gagner…  ou perdre. Alors sois prévenu. La magie est dans tes mains. A toi te l’activer.

Commençons par l’origine. La drogue. Le high. L’ivresse. Ce sentiment qui te coupe l’appétit, qui te fait faire des trucs que même toi tu comprends pas. Ca s’empare de tout ton esprit, ça transforme la chimie de ton cerveau. Tu sais que c’est complètement surréaliste, et cette partie raisonnable, logique regarde ton autre toi se faire emporter dans un monde complètement irréel, impuissante. Mais c’est comme si elle ne pouvait rien faire. C’est comme si un esprit s’était invité dans ton corps, avait pris possession des lieux violemment, sans rien demander. Dans les histoires de sorcières, (« Charmed », anyone ? :D) elles trouvaient un moyen d’exorciser le démon, cette chose qui s’emparait de l'être tout entier. Elles avaient des potions et autres rituels et à la fin de l’épisode on était tous soulagés de retrouver le personnage une fois le démon chassé.

Plus d’une année que je vis en auberge. J’en ai croisé des êtres humains. J’en ai vu des métamorphoses, des crises effrayantes d’amour. J’en ai vu changer radicalement de visage, dépossédés de tout self-control. J’ai vu des couples se décomposer, des romances tuées dans l’œuf, des actes de bravoure insensée.
On m’en a raconté des histoires de passions, des scénarios du cœur, des centaines, des milliers de cœurs brisés.

@ Gêne Italie

@ Gêne Italie

Se marier par amour. C’est un truc tout récent ça, un truc farfelu de notre époque. Parce qu’avant, au delà de l’arrangement entre familles, des gains à marier de deux partis, l’amour romantique, l’ivresse, il avaient bien compris que c’était dangereux. Au travers des époques, aux quatre coins du monde, les anthropologues ont découvert que beaucoup de peuples considéraient cet état comme un état de transe, de possession. Quand quelqu'un tombait amoureux on cherchait la personne qui avait pu jeter un sort, concocté une potion d’amour. C’était vu comme une maladie. Quand t’y réfléchis, tous les symptômes sont là: perte d’appétit, pensées délirantes, incapacité à se concentrer, troubles du sommeil, comportement étrange.
Quand l’amour romantique a été accepté comme nouveau modèle, on a oublié de prévenir. Personne n’a lu la notice d’emballage.
Un incroyable pouvoir a été lâché dans la nature. On a légalisé la plus dangereuse des drogues sans aucune précaution.


Toute cette magie qui circule, enchante, élève et détruit parfois des vies. Crimes passionnels. Sombres vengeances. Et on continue à nous convaincre que c’est le seul accès au bonheur absolu.
Moi je crois que y’a une raison pour laquelle personne n’a prévenu. Une théorie farfelue tu me diras, mais chut, pour l’instant écoutes-moi : la vérité c'est que si tu réalises à quel point cette magie de l’amour est la plus puissante le monde, tu peux la transformer en incroyable force créatrice pour réaliser tes rêves, et changer le monde. Ca c’est le vrai danger, qu’ils ne veulent pas qu’on découvre.
Et bien moi j’dis, il est grand temps.

Donc reprenons, quand tu tombes amoureux, tu entres dans cet état de transe. Tu ne penses qu’à cette personne, et tu as l’impression que le monde est un océan d’amour.
Tu te sens invincible, tellement le bonheur t’emporte loin, loin au-dessus de ces mortels, et tout semble soudain faire sens.

Imagine ce niveau d’émotion comme une boule de feu. Imagine que tu canalises tout ça dans tes mains. Une énorme boule de feu au pouvoir indestructible. Tu vois un peu où je veux en venir ? Le problème c’est que tant que cette énergie est canalisée autour d’une personne, c’est dur de la réunir. Elle partout et nulle part à la fois. Tu ne penses même pas à la contenir.
Tout ce que tu veux c’est kiffer ce sentiment, l’aspirer jusqu’au bout. Probablement parce que tu sais qu’il ne durera pas. C’est l’équivalent de ces quelques minutes d’invincibilités dans les jeux vidéos où ton avatar est tout scintillant et les méchants ne peuvent pas t’atteindre. Tu te mets à faire des trucs que t’aurais jamais osé. Le monde entier semble s’ouvrir à toi. TU ES VIVANT.

Toi et moi on le sait, ce high ne dure jamais. A partir de là t’as deux chemins possibles : dans le premier, vous arrivez plus ou moins à contrôler l’ivresse, à la réduire à un verre de vin au dîner. Vous vous mettez chaque jour d’accord sur le choix du vin, des fois l’un surprend l’autre, mais son rôle est secondaire .Vous n’avez plus besoin de l’ivresse constante pour continuer. Vous avez créer un monde dément à vous deux. Vous êtes en synergie. Vous vous êtes engagés à vous battre même dans les moments difficiles. Vous avez pu transformer cette fusion en relation saine, une de ces relations super-cute et extra-powerful pour devenir une équipe de choc. (power-couple, I’m looking at you! ;) )

Et puis y’a le deuxième chemin, le plus commun. Aucun des deux n’arrive à redescendre du high. Ou plus commun encore, l’un redescend avant l’autre. Et PAF. Celui qui reste en haut subit le love hangover en pleine figure.

@ The New Design Museum, London

@ The New Design Museum, London

Voilà ce qui se passe normalement si la relation ne fonctionne pas : toute l’énergie créatrice se transforme en énergie destructrice et te retombe dessus avec une telle force que tu risques de sombrer dans une lente dépression. Le monde enchanté des possibilités s’assombrit et c’est comme si un nuage constant s’empare de ta bulle. Tu bois pour oublier, tu enchaînes les conquêtes d’un soir. Certains en sortent rapidement. Pour d’autres, c’est beaucoup plus long. Parfois, c’est éternel.

Maintenant imagine saisir cette force et la transformer en force créatrice. Attention, je dis pas qu’il ne faut pas chialer tous les soirs, manger de la Ben and Jerry à la cuillère et passer en boucle des chansons romantiques histoire de souffrir un peu plus. You know me, j’adore ça (let’s be honnest, it’s the best part !).
C’est super important de la ressentir cette tristesse. Mais voilà comment tu actives la magie. Après avoir ressenti pleinement la tristesse, quand cette énergie est encore présente dans tout ton être, tu la réunis en un point. Tu la canalises. Pour ce faire tu dois d’abord dire adieu à cette personne dans ton coeur. Sinon ça ne marchera pas. Tu dois accepter qu’elle quitte ta réalité, sans amertume, et la remercier sincèrement pour les moments passés ensemble. Fais-moi confiance, c’est le seul moyen. J’ai un pote qui a voulu sauter la case tristesse récemment. Elle est revenue le mordre violemment trois semaines après pour lui faire faire des trucs sombres et impensables. Alors crois-moi, ne saute pas la case tristesse. Ecoutes Adèle en boucle, empiffres-toi de chocolat, repasses dans ta tête ces moments à deux et pleure toutes les larmes de ton corps. Ca fait du bien non ?

Ca y est, maintenant t’es prêt. T’as remercier les Dieux pour ces souvenirs à deux. Tu vas pouvoir raconter des histoires de folie à ton biographe dans le futur. Tu commences même à comprendre pourquoi ça n’a pas fonctionné, mais peu importe, pour l’instant tu t’en remets, tu acceptes les faits. T’as encore mal mais tu es prêt à effacer cette personne de ton passé. Enlève-la de Facebook, supprime son numéro et tous ses messages, tu les as assez regardé quand tout a commencé à mal tourner. C’est fini, c’est fini. Dis lui merci.


Dès l’instant où tu lâches prise, ton esprit commencer à s’éclairer. Tu sais c’est un peu comme la scène dans le deuxième film du seigneur des anneaux où le roi est enfin libéré de son sort par Gandalf le Blanc. Je l’ai toujours trouvée incroyable cette scène, surtout les yeux, ces yeux voilés qui renaissent et retrouvent la vue après un long sommeil ensorcelé. Non, non t'inquiètes je ne dis pas que c'était un cauchemard affreux et maléfique ta romance, je sais c’était plus un rêve tout rose, une utopie sur-colorée, mais c’est juste pour que tu captes l’idée.

Avec le love hangover c’est comme si t’avais un voile blanc qui se soulevait. Soudain tu vois le monde à travers ta propre vision, sans filtre. I know, I know, certains me diront « Je vois pas Nat, de quel filtre tu causes ? J’étais moi-même tout là-haut, je voyais clair, si clair !» Si t’as été ensorcelé par la romance du sais de quoi je parle. Tu as laissé cette personne entrer dans ta réalité, et elle est entrée dans la tienne. Vous avez dit merde au monde, juste pour être ensemble, et damn c’était le meilleur des monde ! Vous avez discuté du futur, combiné vos rêves, prudemment je sais, mais dans le high ça t’emporte toujours trop vite. Et t’as beau te dire que tu maitrises, que tu gères ton ton ptit bout chemin, ton quotidien est tout bouleversé.
Quand c’est fini, le sors est levé. Tu viens tout juste de te réveiller de ce drôle de rêve mais tu ressens encore la magie incroyable qui l’avait accompagné : ces papillons qui t’on tordu le ventre, cette énergie qui t’a fait poussé des ailes, ce sentiment d’amour infini, cet autre toi, ce meilleur toi. Tu y as tout juste encore accès, mais sans filtre, sans rien pour détourner ta vision.


Et là mon ami, juste là, tu dois te saisir de cette énergie de malade et l’utiliser pour entreprendre tous ces projets qui te faisait flipper. Je pourrais en citer, mais toi seul tu les connais. C’est tous ces trucs qui t’ont un jour titillé mais que t’as toujours repoussé à plus tard. C’est maintenant ou jamais. L’empreinte de la version la plus invincible, la plus vivante de toi est encore là. Et moi j’dis si tu l’actives direct avant qu’elle s’efface, rien ne peut t’arrêter.

Exposition "Love and Fear", Design Museum, London

Exposition "Love and Fear", Design Museum, London

Avec mon premier love hangover,  j’avais pas compris la puissance du truc.           
Je me suis retrouvée seule dans une petite ville en Bolivie, et j’ai noyé mon chagrin dans l’alcool. Je suis allée dans un bar pour m'enfiler des mojitos alors que le barman m’observait d’un œil inquiet. « Qu’est-ce que je fous en Bolivie toute seule ? J’aurais pu être tranquille à faire du cheval avec les gauchos argentins, c’est malin ! »
Toute la magie qui m’avait fait plané je la retournais contre moi, verres après verres tout droit vers l’autre ivresse, l’ivresse destructrice de l’alcool.
Et puis un truc chelou s’est passé. Un peu de la magie créatrice a repris le dessus et je me suis mise à écrire, j’ai tout balancé sur des serviettes en papier : tout ce qu’il m’avait enseigné, les rêves qu’il avait déterrés, et puis cette Nat de ouf, cette Nat 2.0 qu’il m’avait fait voir.
Après lui je me suis jurée de tout apprendre sur l’humain, sur les relations. Plus jamais je voulais me planter comme ça. J'ai exploré l’internet, dévoré des centaines de bouquins. J’ai découvert l’univers du développement personnel, l’idée qu’on a le pouvoir de se transformer. Et puis je n’avais plus peur de voyager. Quelques mois plus tard je m’embarquais vers l’un des plus beaux voyages de ma vie, une aventure de Genève jusqu’en Corée en passant par la Russie, la Mongolie sans prendre l’avion. Bus, train, bateau. Je n’avais plus besoin d’ailes pour voler.

Avec mon deuxième love hangover, j’étais déjà dans le bar.
Je venais d’avoir mon premier client de coaching aux States, (toutes ces années de développement personnel avaient porté leur fruits!) j’étais dans les nuages, j’étais happy, je voulais partager, et je l’ai contacté. Il m’a fait comprendre que c’était terminé.  
C’était un bar mexicain cette fois, celui juste à côté du Pike Place Market où je venais parfois écrire. Ils avaient un happy hour de IPAs et Nachos, des jolies serveuses, de la salsa en fond sonore. J’aimais m’asseoir contre la vitre pour voir les gens passer. Je me suis mise à boire, boire, puis chialer comme jamais. En me levant pour aller pisser, je suis tombée, et c’était un ptit bar tu vois, tous les clients ont flippé. « I’m ok, guys, I’m fine ! ». J’étais pas ok. Mais la douleur m’a réveillée. J’ai escaladé vers le tabouret, j’ai sorti mon ordi, j'ai descendu ma bière et j'ai commencé à écrire. J’ai raconté la douleur du cœur brisé, et la peur d’être amoureuse de l’idée de l’amour et que les idées c’est beau, mais ça te laisse toute vidée. Je me suis emparée de toute l’énergie destructrice, j’ai balayé l’ivresse et j’ai accepté le love hangover comme cette magie incomparable, cet espoir indestructible.
J’ai hésité à le publier, ça fait toujours peur de se confier. Mais vous avez kiffé. J’ai reçu un tas de messages, et j’avais l’impression qu’on était tous super-connectés. Ca m’a tellement touchée. Encore aujourd’hui c’est l’article le plus lu du blog. J’ai compris qu’il fallait tout donner quand t’écris, qu’il ne fallait rien cacher. La puissance du love hangover, c’est à prendre au sérieux.
Je n’avais plus de sous après les States, mais plus peur non plus. J’ai emménagé à Londres avec mes deux valises et tous mes souvenirs. J’avais de plus en plus accès à la Nat 2.0, je savais qu’elle était invincible si elle le voulait.

Avec mon troisième love hangover, j’étais mal. J’étais vraiment mal. J’avais tellement résisté à l’idée de laisser une rencontre redessiner ma vie, que j’ai mis du temps à lui faire confiance. Mais il aimait le voyage, et puis on était tellement bien, j’avais l’impression que le morceau sonnait tout juste pour une fois, qu’ensemble on pourrait jouer une symphonie inoubliable. J’ai baissé ma garde et je suis tombée.
J’ai pleuré des nuits entières, j’ai réécouté notre chanson en boucle, je me suis repassé le film de notre rencontre, des centaines, des milliers de fois. Mais je n’ai pas bu.
Je n’ai pas laissé l'énergie destructrice prendre le dessus. Le lendemain de notre dernière conversation j’ai senti le voile se lever. J’étais à nouveau Nat la solitaire, Nat l’éternelle célibataire, mais c’était la Nat 2.0. J’ai repris mon document magique, celui où j’y décris ma journée rêvée dans 5 ans exactement. Je l’avais écrit quand on s’est connu, mais il n’y avait pas son nom dessus. J’ai laissé sa silhouette s’effacer.
J'ai lu, et relu, cette journée incroyable de mes rêves les plus fous. Et j’ai su que j’aurais la force d’y arriver.

Je me suis mise face à mes rêves, et j’ai échafaudé un plan pour y arriver. J’ai réalisé qu’avant je n’avais qu’une vague idée de ce que je voulais, mais que maintenant ça se précisait. Le même jour je me suis inscrite dans ce programme en ligne d’une meuf que j’adore, une ligne droite vers mes futurs projets. Et puis j’ai pris la décision de revenir en Suisse, pour 6 mois en tout cas. Dans ma journée idéale, je vis en Suisse une partie de l’année. Vous me manquez swiss people, vous me manquer. J’ai écrit à cette coach que j’avais rencontré quelques mois plus tôt dans un bar huppé du centre de Londres. Je lui ai envoyé un message du tonnerre, je lui ai dit que j’allais toucher les étoiles et inspirer tout plein de gens que je voulais créer un mouvement en Suisse, parce qu’on a tellement de chance là bas et qu’on ne le réalise pas, qu’on se fond trop vite dans le confort, que le confort ça te change pas un Homme, et qu’un Homme pour changer le monde dois d’abord se transformer soi-même. Je lui ai dit j’allais être coach, que je pourrai travailler à distance et vivre partout dans le monde, puis écrire des livres aussi, et speaker why not, mais qu’une coach sans coach c’est comme un docteur sans docteur et que j'avais besoin de son aide. Je voulais qu'elle soit aussi inspirée que moi pour qu’elle me dise oui, parce qu’une coach de ouf choisit ses clients, parce qu’une coach de ouf trouve le génie en toi et ensemble vous accomplissez des miracles, et c’est avec elle que j’avais décidé de tout faire exploser.
Je me suis saisie de l’infinie magie du hangover de l’amour, et ça c’est la plus incroyable des forces de la terre.

@ Home Sweet Home, Genevaaa! :D

@ Home Sweet Home, Genevaaa! :D


Certaines des inventions les plus marquantes ont été crées par des humains tout juste remis d’un love hangover. Prends Mark Zuckerberg par exemple, ok l’histoire de base est pas nette, pis je sais pas à quel point elle est vraie mais y’avait une douleur de fin de relation, un Mark blessé par l’amour, y’avait l’énergie destructrice, puis créatrice, et dude tu peux dire tout ce que tu veux Facebook c’est génial y’a de fortes chances que tu lises cet article à travers le géant bleu (heu ouai j'viens d'inventer mais géant bleu c'est pas mal non?).

Quant aux artistes, écrivains, chanteurs et autres la magie de leur love hangover n'est plus à prouver. Prends Adèle par exemple, ou encore l'écrivain de Eat Pray Love, Elizabeth Gilbert. Le peintre Edvard Munch a réalisé ses peintures les plus connues grâce à la magie du love hangover (bon ok ça venait d'une liaison en dehors de son mariage m'enfin ça marche quand même hein!).
Et puis du people moins connu aussi: encore l'autre jour je suis tombée sur un article qui présentait Katy Colins, une trentenaire de Manchester qui s'est fait larguée le jour de son mariage. Après avoir vendu sa maison, quitté son job, elle a pris un billet pour la Thaïlande et depuis a publié son premier livre!

Même Van Gogh en parle ! Oui je sais il était un poil crazy mais je respecte son génie. Il était tombé amoureux de cette fille qui en avait rien à foutre de lui. Et puis une fois le choc initial encaissé, il écrit:
 
« If you were in love with the same sort of love as I, and boy why should you ever have another kind of love, then you would discover something quite new in yourself… We are used to do most of our work with our brains- with a certain diplomacy, with a certain sharp calculation. But now fall in love, and look here, you will perceive to your astonishment that there is still another force that urges us on to action : that is the heart. »
(Van Gogh cité par Maria Popova sur Brainpickers)


Cette force du cœur, c’est le secret de la magie du love hangover. Elle te pousse à l’action. C’est une force que tu ne découvres qu’en ayant été ivre d’amour. C’est la puissante des forces du monde.

Sans cœur brisé et avec une relation stable on y arrive aussi of course. C’est sans doute moins chaotique d’ailleurs. Mais je parle ici à ceux qui ne l’on pas encore trouvé ce partenaire de choc, à ceux qui ont souvent plané, et qui sont tombés, et retombés. Parce que c’est tentant d’aller dans l’autre sens. C’est tentant de se sentir limité, déprimé et impuissant. Or j’espère t’avoir montré qu’en le retournant tu peux tout casser. Si t’as pu investir autant dans ce sentiment, si t’as eu un aperçu de la force du truc, tu peux VRAIMENT soulever des montagnes.

En libérant cette magie,  tu peux sauter une pétée de niveaux dans ta vie. C’est un super accélérateur de la mort qui tue. Et puis surtout, c’est dans cette nouvelle réalité que tu vas rencontrer celui ou celle qui t’es destiné. Et quand tu rencontreras cette autre personne qui sauté les levels, qui a fait de ses faiblesses une force, qui a connu la puissance du love hangover, qui est en mode prêt tout cassé… vous aller tout faire péter. Et ça, ça vaut tous les cœurs brisés du passé. Empares-toi de la magie, actives ces super-pouvoirs, et apprêtes toi à accomplir des trucs qui transforment ton univers tout entier.  

 

***

 

La coach m’a rappelée après mon voyage en Italie, quelques minutes après l’atterrissage de l’avion. J’étais dans la file pour passer la douane, appareil photo au cou, livres dans une main, passeport dans l’autre, et en décrochant mon téléphone j’ai failli tout lâcher. Y’avait la dame derrière qui soupirait, pis le monsieur devant qui me regardait d’un air irrité. J’ai croisé le regard du douanier, lui non plus ne semblait pas trop rigoler alors j’ai dit à la coach : « Im sorry I’m about to cross the border, can I call you back in 5 min ? »

Après la douane j’ai trouvé un siège au coin de l’aéroport, contre une vitre d’où j’apercevais les avions s’envoler.  Le ciel était bleu, de ce bleu sans limites, et même le soleil pointait son nez. J’ai composé son numéro en repensant à tout ces rêves que je lui avais confiée, j’appréhendais quand même, what if is was too big, what if it was too crazy, what if I can’t go that far ? 
Mais c’était trop tard, j’avais laissée la magie du love hangover m’emporter.
Et elle a décroché.

« Hi it’s Nat, thanks for waiting, I just made it to the other side ! So hum.. would you want to be my coach, can you help me make my dreams come true ?»

Je l’ai entendue sourire au téléphone. J’avais oublié qu’on pouvait entendre un sourire, que l’énergie d’un sourire te transcende tous les kilomètres qu’il faut. Elle a attendu quelques secondes puis elle m’a répondu :

« Well Nat, the other side is just the beginning… es-tu prête pour l’aventure la plus incroyable de ta vie ?»

Je suis sortie de l'aéroport en sautillant avec ma petite valise bordeaux qui avait de la peine à suivre. J'ai sourit au beau gosse à l'arrêt de bus, au type qui m'a vendu le billet de bus, à la meuf qui nettoyait, à celle de la sécurité, au policier tout armé, au chauffeur de bus, j'ai éclaboussé ma joie un peu partout à la fois. J'ai pensé à toi, j'ai pensé à moi, j'ai pensé à nous. J'ai pensé à tous ceux qui avaient souffert d'un coeur brisé, d'un amour impossible, d'une romance inachevée. Cette douleur incroyable qui ouvre l'accès à la porte des possibles, cette magie indescriptible, cette force du coeur bien trop puissante. Je me suis dit que tous ensemble on pourrait créer un monde de malades, un monde de passionnés qui auraient saisis la magie du love hangover, qu'on se soutiendrait pour créer, se challenger, pour s'enivrer de passion, s'enivrer de vie. Peut-être qu'on formerait des paires, peut-être pas, mais on s'en foutera.
Parce qu'on sera avant tout des magiciens, des magiciens tout plein d'amour et qu'une fois toute cette magie réunie c'est le monde entier qu'on décidera ensemble de transformer.