Nati ou Le Feu

« Tu as un feu en toi. »

Il avait arrêté de m’embrasser et presque désemparé me regardait avec curiosité.

« Nat, l’énergie que tu as là c’est.. c’est incroyable. Tu.. tu as un feu en toi. »

Dans la rue les fêtards passaient en gloussant avant de nous lancer des regards amusés.
On venait de se réfugier dans un coin un peu couvert: un orage avait éclaté plus tôt dans la soirée et la pluie ne cessait de tomber.
J’ai toujours aimé la pluie. Je ne peux pas vraiment l’expliquer, mais c’est une sorte d’énergie libérée, indomptée. Ca m’a toujours inspirée.

Chez moi la pluie réveille le feu je crois.

Je l’avais connu un peu plus tôt dans la soirée, au bord de l’eau avant l’orage. On observait l’eau, fluide et tranquille, et le coucher du soleil au loin. Il m’avait sentie nostalgique, et s’était approché pour me parler. Je lui avais demandé son histoire, et il m’avait répondu que son activité principale de vie là-maintenant-tout-de-suite c’était d’observer l’eau avec une inconnue.
Ca m’allait bien, l’eau c’est mon élément. Je me sens bien près de l’eau, sur l’eau, dans l’eau, sous l’eau, avec l’eau. Ca réveille un bonheur de fou chez moi, comme la pluie, cette histoire d’eau c’est du sérieux.

J’aime penser que je vis comme l’eau, avec fluidité, que je sais m’adapter, et continuellement avancer.

Et puis il y a le feu.
Le feu c’est différent.
Le feu ça me fascine et ça m’effraie à la fois.
Le feu attire tous les regards, impossible de détourner les yeux des flammes dansantes sous une nuit étoilée.
Le feu c’est puissant, ça peut te réchauffer le corps entier si tu l’as laissé trop vite se refroidir. Le feu peut aussi détruire, faire fuir. Mais le feu maitrisé sait réunir.
Le feu maitrisé reconnaît l’importance de la communauté.
Quand les hommes ont appris à maitriser le feu, on a fait un bond dans l’histoire de l’humanité.

 

 Feu de Plage, San Francisco :)

Feu de Plage, San Francisco :)

 

Apprivoiser le feu. C’était là le mystère pour moi. L’inconnu avait l’air aussi surpris que moi de découvrir mon feu. Notre rencontre avait commencé devant l’eau, continué sous l’eau, et soudain c’était le feu qui s’était imposé. Il avait découvert une facette complètement différente de moi, et c’était la plus dangereuse, la plus mystérieuse: c’était le feu. C’est souvent irrésistible un feu.

T’as déjà fait un feu ? Genre dans la nature, au camping, à la montagne ?
C’est pas toujours simple, faut le bon environnement, faire en sorte qu’il soit bien isolé, trouver des branches assez sèches, un vent pas trop fort, lui accorder une attention particulière surtout au début.

L’inconnu du bord l’eau avait su le créer rapidementcet environnement , il avait malgré lui su souffler sur mes braises. C’était peut-être son attention, la fluidité de notre rencontre, mon état d’esprit à ce moment là, et puis le sien. Le pressentiment que je ne le reverrai jamais aussi, qui sait. Ce n’est pas simple pour moi de savoir quand le feu va arriver.

Ce que l’inconnu du bord de l’eau ne savait pas, c’est que d’autres l’avaient déjà sentis en moi ce feu.

En novembre passé je me suis liée d’amitié avec A.
A c’est le feu même incarné. Il avait débarqué à Londres un samedi soir avec 3000 euros de dettes, des ambitions à n’en plus finir, une confiance en lui de fer malgré un vocabulaire anglais hyper limité et la ferme volonté de tout faire remuer dans la capitale anglaise.
J’étais fascinée pas son énergie. Rien ne semblait l’effrayer. Il avançait dans la vie avec cette flamme qu’ont ceux qui sont poussé par leurs tripes, par la folie du cœur.
On affichait complet à l’auberge, mais j’ai proposé de le laisser une nuit sur le canapé de la salle commune.

« Faudra juste que tu te réveilles avant que mon collègue commence ok ? Enfin, il est plutôt cool… Tu sais quoi je lui enverrai un message pour expliquer ta situation. On te trouvera un lit d’ici demain. »

« Hey, c’est ouf, merci Nat. Merci beaucoup. »

Le mois qui a suivi on a passé des nuits à discuter au comptoir de la petite réception.
Il débarquait toujours comme une tempête, avec ce trop plein d’énergie, cette puissance enflammée. Il me racontait Londres, sa Londres, ses ambitions, ses progrès, ses rencontres.
Il avait cette présence qu’ont les porteurs de feu, et s’est vite fait respecté dans tous les cercles qu’il fréquentait.

 City Life @Pisa, Italy

City Life @Pisa, Italy


Au mois de décembre notre amitié était devenue ambiguë. Sa copine l’avait quittée, et moi j’étais amoureuse d’un type qui venait de repartir à des milliers de kilomètres.
On avait finit par s’embrasser un soir, un de ces soirs où tout est permis, où on se baladait dans les rues de Londres un peu éméchés et qu’on refaisait le monde dans un langage qui ne voulait rien dire.
Cette soirée avait été comme la pluie pour moi, le feu avait apparu, mais c’était le feu non maitrisé celui qui fascine et détruit à fois.

Il ne l’oublia pas cette soirée.

Un soir il est venu me trouver avec un verre de trop dans le nez. C’était le lendemain de mon anniversaire, où tous mes amis de l’auberge m’avaient fait une surprise : j’étais vraiment touchée mais ça m’avait presque gênée, être le centre de l'attention je n'aimais pas trop ça.
Dans cette auberge, j’étais plutôt comme l’eau. Seules certaines personnes faisaient réveiller le feu en moi. Je gardais le feu pour mes activités hors de l’auberge. Quand tu vis avec des centaines de personnes, la fluidité de l’eau c’est avant tout un mécanisme indispensable de survie.
Mais A. avait aperçu la Nat de feu et il n’était pas prêt de la laisser filer.

« NAT putain ça m’ enrage !! C’est quoi ce jeu que tu nous as fait hier à ton anniversaire ?? Genre gênée, timide et tout ?? Je ne supporte pas de voir comme ça. J’ai envie de te secouer de te dire MERDE ELLE EST OU LA NAT DE FEU ? Quand t’as ce feu qui se réveille t’as une énergie incroyable !! Je connais tes ambitions, tu m’as confié tes rêves. Laisse-moi te dire un truc, et j’te le dis seulement parce que je tiens vraiment beaucoup à toi et que je veux que tu réussisses. Faut dire bye-bye à la Nat trop gentille, trop effacée, si tu veux arriver. Tu vas devoir tout faire péter. C’est ta version FEU qui peut y arriver. C’est elle et personne d’autre.»

J’ai commencé à pleuré. J’ai versé toutes les larmes de mon corps. J’ai laissé l’eau reprendre le dessus. Je l’ai détesté pour ces mots. Je me suis détestée de l’avoir laissé apercevoir la Nat de feu. Je me suis détestée de l’avoir embrassé, alors que j’étais encore amoureuse de quelqu’un d’autre. Je me suis aussi détestée d’être amoureuse de ce quelqu’un qui était bien trop loin, ça me rendait toute guimauve et merde j’avais le droit d’aimer ça.

 Eau du Lac Lémaaannn :))

Eau du Lac Lémaaannn :))

Damn c’est vrai que je t’avais promis de te la raconter cette histoire, ma dernière histoire d’amour. Même à toi C, je te l’ai promis, je l’écrirai un jour.
Celui dont j’étais tombée amoureuse c’était C. Lui c’était l’air, c’était la terre. Il avait les pieds sur terre et un lourd passé, mais savait prendre la vie avec légèreté. Il ne savait pas nager et le feu c’est de loin qu’il l’observait.

On était les 4 éléments à nous deux. Il a vu le feu en moi à travers l’eau. Il était doté d’une intuition de malade, une intelligence émotionnelle aigüe, accompagné d’une rationalité à toute épreuve avec une sensibilité unique que je n’avais pas su résisté.
Il avait su établir un environnement où le feu pouvait se créer avec fluidité. Grâce à lui j’arrivais à allier eau et feu, et c’était beau, je commençais à comprendre l’importance d’un feu apprivoisé. Il m’offrait la légèreté de l’air, la sûreté de la terre, et en retour je l’invitais dans l’eau, et je lui montrais la puissance du feu.

C’est drôle, la vie. Ces deux hommes sont sortis de la mienne la même semaine.

A., l’enflammé s’est vu contraint de partir : il a laissé un jour le feu l’envahir de manière bien trop destructrice. J’espère que tu vas bien A,. et si tu lis ces lignes, je crois vraiment que t’iras loin, une fois ton feu maitrisé.
C. était déjà à l’autre bout de la planète, et notre relation indéterminée a subit le choc de la distance que peu d’humains parviennent à tenir.
L’air semblait le quitter tout là bas, il semblait anxieux et sérieux,  et moi je croyais qu’il nous fallait les quatre éléments pour coexister, sans doute trop idéaliste de ma part. J’espère que tu vas bien C., que cet air tu l’as retrouvé.

Après cette semaine intense, j’étais dans un drôle d’état. Je pleurais des nuits entière, j’étais complètement déboussolée, je ne savais plus qui j’étais, je n’étais plus du tout sûre de ce qui m’importait, l’eau s’était transformée en tempête, dans ma ptite tête y’a tout qui se basculait.
Tu vois j’fais toujours genre Nat l’indépendante et tout mais en vrai je m’attache aux gens, j’aime les gens, j’aime le people, et puis tu me connais je suis une romantique à n’en plus finir alors les rêves de romance arrachés j’ai de la peine à gérer.

Mais la journée je sentais cette chose se réveiller en moi. Une sorte de force sourde, comme un bourdonnement dans le ventre, un truc inexplicable, mais puissant. Tellement, tellement puissant.

C’ETAIT LE FEU.

Et depuis il fait irruption de plus en plus souvent. C’est ce sentiment de presque sortir de ton corps. L’impression d’évoluer dans un univers parallèle, un endroit où tout semble possible. C’est un peu comme si t’avais mis une cape d’invincibilité. C’est la douleur du cœur brisé, mélangé à une sorte de nouvelle version de toi, j’te jure c’est un truc de fou.

C’est le feu poussé par les trois autres éléments, le feu équilibré mais tellement puissant, ce feu qui de plus en plus se réveille en moi.

Apercevoir le feu chez quelqu’un c’est un instant d’une rare beauté.

Au dernier meetup que j’ai organisé, un des participant m’a rappelé qu’on l'a vu ce feu. On a vu le feu chez cette fille assez réservée, la copine de ce mec venue là un peu par hasard. On a dû soufflé les bonnes braises, créer le bon environnement et elle s’est sentie à l’aise et l’étincelle a pu naître en elle.
Elle s’est mise à nous raconter une histoire. Une histoire de courage, de risque, d’amitié avec tellement d’humour et d’assurance qu’on était tous captivés. On a aperçu l’étincelle de son feu, et l’espace d’un instant on était tous fascinés.
(hey les gens du meetup si vous lisez ça je vous remercie et je vous surkiffeeee et c’est grâce à vous tout ça, vous êtes les meilleurs !!)

Mon intention cette année c’est de réveiller ce feu bien plus souvent. C’est de créer un environnement propice à ce feu, à travers mes amitiés, lectures, projets, expériences et surtout à travers tout ce que je décide de créer dans ce monde.

 

 Coucher de Soleil enflammé sur l'eau @Seattle

Coucher de Soleil enflammé sur l'eau @Seattle


Je crois qu’on a tous ce feu en nous.
Et tu sais quoi?
Je meurs d’envie de le sentir ton feu.
Je meurs d’envie que tu viennes me raconter comment t’as vécu un moment d’intense folie, d’intense liberté, un moment où tu n’étais plus dans ta tête mais là-ici-tout-de-suite et c’est comme si quelqu’un d’autre s’emparait de toi, ou plutôt comme si tu pouvais enfin être toi !
Je veux que tu me racontes la fois où t’as dansé sur les tables en pleine journée, celle où t’as couru comme un fou sous la pluie juste pour le plaisir de te sentir vivant !
Je veux que tu me racontes comment t’as improvisé un jeu avec des inconnus à un arrêt de tram, que tu me parles de cette fille que t’as abordé parce qu’elle avait les yeux qui pétillent, que tu me parles de ce type avec qui t’as osé échanger trois mots au Starbucks et comment vous vous êtes retrouvés le soir même à danser le swing dans un vieux bar improvisé de ton quartier.
Je veux que tu me racontes toutes ces fois où tu t’es ridiculisé, et comment ça t’a fait du bien de t’en foutre du regard des gens.
Je veux qu’on arrête de séparer le privé du public, le personnel du professionnel.
Je veux qu’on donne tellement d’amour au monde entier, qu'on en donne tout tout plein avant d'en recevoir, tu sais cet amour spontané, cette générosité de folie tellement belle que personne ne saura nous résister!
Je veux qu’on arrête d’être des « maybe », qu’on arrête d’observer la réaction des autres avant d’inventer la notre : je veux qu’on soit des grands OUI, les tout premiers OUI, qu’on affiche des YES I AM HERE AND I WILL BE THERE because why the hell not!
Je ne veux plus qu’on se mouille trois orteils avant d’aller nager je veux qu’on plonge tous ensemble du premier coup !
Je veux qu’on aille hurler la joie de vivre sur les sommets des montagnes !
Je veux prenne tous ces risques qui nous terrifient, qu'on aille tenter tous ces trucs fous qui brûlent à l'intérieur de nous !
Je veux qu’à chaque seconde de notre vie on puisse décider de l’allumer cette flamme, parce que des enflammés mal intentionnés y’en a assez, il faut du feu du cœur, du feu bienveillant, du feu puissant et apprivoisé pour encore plus de folies, plus d'impact, plus d'amour et de liberté !

Viens me raconter ton feu.
Et ensemble on ira faire danser nos flammes devant les yeux ébahis des passants envieux.
Viens me raconter ton feu.
Et ensemble on leur inspirera la beauté d’une vie incendiée.
Viens me raconter ton feu.
Et ensemble on s’en ira trouver la lumière dans les cœurs enflammés de l’humanité.

 


P.S : si t’es sur Genève ce weekend, dimanche 2 juillet 2017, on a notre 4ème meetup des Geneva Freedom Challenges. Viens un moment tu verras,  y’ a de fortes chances que ça réveille ces étincelles de folie en toi ! ;)